
VIRY-CHÂTILLON
Avec la voix douce d’un enfant et l’espoir d’un avenir où les rêveries trouveront encore leur place, la belle œuvre de Fabio Crestale pour quatre interprètes masculins, De Homine (du latin, « De l’être humain »), s’ouvre en espagnol mélodieux, faisant son retour sur scène au Festival Essonne Danse fin mars. Réparti dans dix-huit villes d’Île-de-France, Essonne Danse a été créé dans le but de promouvoir la danse contemporaine sous toutes ses formes, avec des spectacles alliant la qualité indiscutable du mouvement à une diversité de poétiques et de thématiques contemporaines.
Fabio Crestale, chorégraphe italien installé à Paris, où il a fondé la compagnie IFunamboli, a développé dans ses différentes œuvres un style de danse soigné et virtuose, au rythme soutenu dans ses narrations micro et macro, jamais détaché d’une solide prémisse dramaturgique. C’est également le cas dans De Homine, où, à travers une symbolique puisée dans le quotidien, le chorégraphe s’appuie sur une structure chorégraphique rigoureuse pour raconter le désir d’amour face au côté plus « dur » de la nature humaine : l’instinct de domination, le besoin de se battre, le jugement fondé sur l’ignorance. L’homophobie, le harcèlement scolaire et le harcèlement moral font partie de notre quotidien ; la violence comble le vide, nous dit Crestale en soixante minutes de danse incessante où les corps se rencontrent et s’affrontent, tentent de s’aimer mais finissent par s’écraser mutuellement, malgré la musique « romantique » et pleine d’espoir de Schubert et Schumann, accompagnée d’inserts électroniques.
Crestale, en reprenant son œuvre à succès de 2019 avec l’aide de Mariapia Di Mauro et de nouveaux interprètes – l’intense et talentueux Antonin Muno, Andrea Apadula, Nicola Manzoni et Matthias Damay lance un message très actuel contre les abus et l’homophobie, et l’accueil enthousiaste du très jeune public lors de la représentation en matinée, ainsi qu’à la représentation en soirée au Théâtre de l’Envol, témoigne de l’importance de ce sujet pour la Génération Z.
Les trois interprètes portent des masques de lapin, de chèvre et de cochon tandis qu’ils avancent vers le public à travers le brouillard, cherchant un contact innocent, tandis que sur scène un homme seul danse avec agitation au centre, exprimant son calvaire en tant que victime de diffamation. Il y a autre chose derrière le masque, et cela sera bientôt révélé. Une séquence initiale où deux couples se rapprochent par affinité et attraction mutuelle est rapidement remplacée par un mouvement plus martial et agité, avec des chutes et des rattrapes, des pas complexes au sol où les corps s’enchevêtrent et se libèrent.
Une trêve s’installe lorsque quatre tapis persans apparaissent sur scène, sur lesquels chacun des danseurs s’assoit. Symbolisant le nid, le refuge domestique, la prière islamique, le tapis — qui représente l’intériorité et la confrontation souvent tourmentée avec sa propre conscience — se révèle bientôt n’être qu’un « faux réconfort » : le harceleur réapparaît, prenant de la force au sein du groupe, et déverse à nouveau sa colère sur une pauvre âme malheureuse. Crestale dans De Homine dénonce cet acte avec une poésie touchante et une danse excellente. Maria Luisa Buzzi
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